vendredi, 13 août 2010

Refus de courses par les taxis genevois

 

C'est bien connu, dans le monde entier les chauffeurs de taxis ont une réputation lamentable. À Genève, ça devient même caricatural et la presse se délecte des mésaventures de quelques clients jusqu'à remplir une pleine page pour combler le vide éditorial de l'été. Les bonnes nouvelles ne font pas vendre et pourtant, elles sont le quotidien des chauffeurs de taxis qui rendent bien des services à la communauté.

 

Quelles pourraient être les raisons de refuser un client, dans quelles proportions et que dit la loi ?

Circulation : C'est la raison principale de refus. Le chauffeur ne peut arriver à destination dans un délai raisonnable et le client n'est plus là.

Pics d'affluence : Un vendredi soir quand il pleut ou lors de grandes manifestations, nous manquons de taxis. Y remédier impliquerait que plus un seul chauffeur ne gagnerait le minimum vital et passerait les ¾ du temps à attendre. À l'heure actuelle, avec plus de 1000 taxis, les chauffeurs ne roulent, en moyenne, que la moitié de leur temps de présence.

Insécurité : De plus en plus de chauffeurs se font agresser, même de jour. L'inquiétude les incite à refuser certains clients ou certaines destinations.

Impécuniosité : Il ne passe pas un jour sans qu'un taxi ne soit pas payé pour sa prestation. La loi prévoit le refus d'un client en cas d'impécuniosité manifeste.

Prestations particulières (animaux, courses, fumeur etc.) :

La plupart des chauffeurs acceptent toutes les courses. A Taxi-phone, sur 776 chauffeurs enregistrés, 618 acceptent de transporter les animaux. Malheureusement, à la suite de mésaventures, de plus en plus renoncent à offrir ce service. Ici aussi le règlement d'exécution de la loi est très clair : RTaxis art. 47 al. 4 – "Les chauffeurs de taxis peuvent refuser de transporter des personnes, des animaux ou des biens qui pourraient mettre le chauffeur ou son véhicule en péril."

Il est en outre très difficile d'obtenir une indemnisation pour les dégâts causés dans le taxi, tels que vomissements, bave, excréments, etc. qui empêchent le chauffeur de continuer sa journée de travail. Malgré l'art. 47 al. 5 –" Toute détérioration provoquée par la faute du client ou dont la responsabilité lui incombe est à la charge de celui-ci."

En ce qui concerne les chiens d'aveugles, bien que nous ne rencontrions en principe pas de problème avec ces animaux très bien dressés, la loi n'est pas équivoque et n'empêche pas le refus, mais la facturation de la prestation : art. 47 al. 2 " Les chauffeurs de taxis ont l'obligation de transporter gratuitement les chiens d'aveugles et les appareils à destination des handicapés."

Sièges pour enfants : Conscients de l'impossibilité matérielle de transporter en permanence trois types de sièges pour enfants dans le taxi, la plupart des pays européens a opté pour une dispense. Le Conseil Fédéral ne le voit pas de cet œil et n'autorise pas le transport d'enfants sans l'accessoire adéquat. Quelques motions et autres interventions urgentes ont été déposées au Parlement national. En attendant, les taxis se font amender soit pour refus de course, soit pour transport sans l'accessoire. Ce traitement est particulièrement révoltant puisque les transports publics n'y sont pas soumis alors que les dangers sont identiques voire plus conséquents puisqu'ils ne disposent même pas de ceintures de sécurité. Le nouveau guichet de l'AIG devrait permettre la mise à disposition de ces accessoires avant la fin de l'année. Le client sera-t-il d'accord de payer le retour ? Rien n'est moins sûr.

Cartes de crédit : Bien que leur usage se répande de plus en plus dans le monde (moins en Suisse), il est encore trop fréquent de ne pouvoir obtenir le paiement auprès du prestataire, raison pour laquelle une minorité de chauffeurs refuse ce mode d'encaissement. La loi actuelle n'oblige pas un chauffeur en particulier, mais l'ensemble de la profession, à mettre suffisamment de taxis qui acceptent les cartes ou les devises étrangères à disposition des clients qui arrivent à l'aéroport. Il en est de même pour les sièges pour enfants et l'équipement d'hiver. (LTaxis art. 23 al. 2 et 3)

Le projet de refonte de la loi prévoit l'obligation faite à tous les taxis de service public d'accepter les cartes de crédit. A l'heure actuelle, à Taxi-phone, 623 chauffeurs sont équipés des appareils pour cartes de crédits soit presque l'ensemble des abonnés.

Petites courses : A Genève, toutes les courses sont courtes, les refuser reviendrait à ne plus travailler. Pourtant, il arrive qu'un chauffeur refuse un client pour cette raison, tout particulièrement à l'aéroport après une heure d'attente en moyenne. L'Etat a reconnu le problème qui devrait être corrigé dans la nouvelle loi en introduisant un montant minimal au départ de l'AIG de CHF 25.-

Extérieurs : Lorsqu'un client commande un taxi en extérieur pour y rester, le taxi est déficitaire. Pour pallier ce défaut, les limites de taxes, dans un rayon de trois kilomètres, permettaient au chauffeur d'encaisser une taxe de retour. Malheureusement pour tout le monde, ces dernières ont été supprimées en 1999 en échange des couloirs de bus qui, dans la grande majorité, n'ont toujours pas été attribués aux taxis. Il serait sage d'y remédier et de réintroduire ces limites.

Par ailleurs, de manière totalement arbitraire, l'AFC a décidé d'imposer les chauffeurs de taxis sur la base de CHF 2,40,- pour tous les kilomètres parcourus. Il ne faut donc plus s'étonner que les chauffeurs renoncent à assurer les extérieurs.

 

Dans son projet de loi, le DARES entend obliger tous les chauffeurs de service public (jaunes) à accepter toutes les courses, y compris celles transmises par la centrale.

C'est tout simplement impossible, notamment pour des questions de mobilité et donc de temps pour répondre à la demande. À Genève, les clients obtiennent un taxi dans une moyenne de trois minutes. C'est exceptionnel en comparaison internationale. En conséquence, les clients n'attendent pas un taxi au-delà de dix minutes.

 

En conclusion, comme pourraient en témoigner les clients réguliers, le service des taxis genevois est parmi les plus performants au monde et les chauffeurs, dans leur grande majorité, sont courtois. Avec un peu de coopération et de courage politique, les milieux professionnels et les autorités pourraient développer l'offre et reprendre, par exemple, le service des "Proxibus" sous forme de taxis collectifs. Malheureusement, il est plus simple de fustiger quelques comportements inadéquats que de collaborer à la mise en place d'une réelle complémentarité des transports.

 

 

Pierre Jenni

Genève, le 12 août 2010

 

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