En attendant le cinquième pouvoir

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Je fais appel à votre indulgence pour ce billet un peu long qui n'intéressera pas grand monde. Mais chose promise, chose due. Je me dois de venir expliquer les suites de mon recours au tribunal fédéral contre un article de la Lex Uber de Pierre Maudet. Et comme j'ai été débouté, je suis amer. 

 

Je vais donc, dans un second temps, entrer dans le détail de cette action pour expliquer ma perte de confiance dans les institutions qui sont les émanations des trois pouvoirs de l'Etat, la fin de mes illusions pour une presse indépendante et neutre et mon espoir de voir le véritable pouvoir revenir au souverain.

 

Ce n'est que sur le tard que j'ai éprouvé le besoin/envie de prendre des responsabilités dans le domaine des taxis, mais dès mon entrée en fonction au Conseil d'administration de Taxiphone SA, j'ai très vite compris que je devrais me tanner le cuir si je voulais espérer réaliser quoi que ce soit.

 

J'ai participé activement aux travaux législatifs de la loi sur les taxis proposée par Mme Spoerri qui a eu l'intelligence de faire appel à un avocat parfaitement au courant des spécificités de la profession; Me Jacques Roulet qui a eu le mérite et l'intelligence de proposer un compromis rassembleur pour la première fois depuis plus de 50 ans de tous les acteurs du transport professionnel de personnes, taxis publics, privés et limousines.

Malheureusement, et malgré les avertissements de plusieurs députés lors de la séance plénière qui a validé ce texte, les moyens d'effectuer les contrôles n'ont pas été mis à disposition et la loi a échoué, comme toutes les précédentes mais pour d'autres raisons car cette fois les milieux professionnels et les autorités étaient unanimes.

 

C'est ainsi que j'ai découvert les limites de notre démocratie parlementaire qui n'ont fait que se confirmer avec le rythme hallucinant d'une nouvelle loi tous les six ans, jamais appliquée car inapplicable et avec des dégâts collatéraux massifs tant pour les professionnels que pour les clients qui subissaient ces errances au travers d'un service de taxi médiocre et cher.

 

J'en veux à tous ces conseillers d'Etat qui se sentaient obligés de venir laisser leur marque en revisitant à chaque changement de législature le travail de leur prédécesseur et sans aucune compréhension du domaine, de l'historique qui aurait permis de corriger les erreurs.

 

J'en veux à tous ces commissaires qui ont siégé des années sur ces projets sans même prendre connaissance des documents que les professionnels leur ont communiqués et qui ont voté les différents articles sur mots d'ordres de leur formation décidés en caucus.

 

Et bien que je comprenne la difficulté de mettre en oeuvre les choix du législateur, j'en veux aux services de l'Etat de n'avoir jamais appliqué les lois votées.

 

Bref, pour la faire courte, j'ai vite compris que nous avions affaire à des incapables à qui nous avions délégué notre pouvoir de nous représenter sur la base des promesses électorales. J'ai donc misé sur le troisième pouvoir.

 

Seulement voilà, dans notre république bananière du canton de Genève, la justice fait partie de la petite famille politique où tout le monde se connait et pratique sans état d'âme les retours d'ascenseur et autres principes discutables qui permettent de ne rien changer à rien. C'est pourquoi je plaçais un grand espoir dans notre dernière instance, le Tribunal fédéral, qui semblait plus rigoureux bien que très formel et peu enclin à analyser l'esprit des lois. Cette dernière illusion vient de tomber.

 

Je passe rapidement sur le quatrième pouvoir qui, comme nous avons tous pu le comprendre, est détenu en Suisse par deux grands groupes d'édition au service des puissants. Je plains les journalistes qui sont devenus des marionnettes avant de devenir les victimes de la disruption numérique. Même si je leur en veux de s'être moqués des taxis qui furent les premiers à en souffrir.

 

Et j'en viens au titre de cette note qui suggère qu'il y aurait un cinquième pouvoir; l'opinion publique. Comme j'en parle en long et en large dans mes différents commentaires et notes sur mon blog de candidature au CE et ailleurs, j'appelle de mes voeux le développement du concept de démocratie liquide qui rendrait enfin le pouvoir au souverain dans une démocratie véritablement directe. Non pas parce que je fais confiance dans la capacité des citoyens de comprendre des concepts de plus en plus compliqués, mais dans leur bon sens premier qui devrait les inciter à déléguer leur voix à des personnes de confiance sur des sujets donnés plutôt que d'offrir un chèque en blanc à un élu partisan qui s'est profilé sur des promesses intenables et dont le suivi n'est pas monitoré. Je passe sur la dilution des idéologies partisanes qui ne trompe plus que des nostalgiques. Gauche et droite tiennent aujourd'hui le même discours, à quelques détails près, pour faire l'impasse à la troisième force grandissante de ce qu'ils nomment populisme pour mieux la dénigrer et rester en place.

 

La technologie fait peur. Pourtant elle n'est pas responsable des dérives et l'homme ne cessera jamais de mettre à profit son génie pour développer l'intelligence, la compréhension et les outils qui la permettent. Si nous faisons souvent mauvais usage des découvertes technologiques, il faut savoir reconnaitre les innombrables avantages qu'elles ont apporté à l'humanité et cesser de les diaboliser.

 

Ce billet est une introduction au suivant que je publierai dans la foulée et qui expliquera plus en détails ma mésaventure et mes désillusions sur la capacité de l'Etat à optimiser la qualité de vie des citoyens.

Commentaires

  • Les taxis sont pas aimés. Que des grandes gueules toujours pretes a harnaquer le client, s`accorde-t-on a dire. Exagération mais pas tout faux non-plus. Surtout, les taxis ne pesent pas lourd dans l`urne électorale et ca, ca ne pardonne pas a l`ere des lobbys omniprésents poil au dents.

  • Oui et non Jean. Les taxis occupent une place forte dans l'inconscient collectif et donnent lieu à de fascinantes histoires traduites dans des romans et au cinéma qui alimentent un imaginaire mystérieux.
    Les taxis sont appréciés par leurs clients réguliers qui ont compris leur réalité et qui ne se formalisent pas à l'excès du caractère bougon qui s'est progressivement installé au fil des années de pratique.
    Les autorités sont principalement responsables du chaos engendré et comme les chauffeurs ne peuvent plus vivre décemment de leur activité ils cherchent parfois des moyens discutables de compenser. Mais les arnaques restent des exceptions et la plupart des chauffeurs sont courtois et corrects. Leur réputation douteuse dans le monde entier fait partie des légendes urbaines que l'industrie du divertissement alimente régulièrement mais qui ne trompe plus ceux qui ont choisi de faire appel à leurs services quotidiennement parce qu'ils ont compris que, au final, ce mode de transport est plus économique que bien d'autres.
    En revanche, politiquement, non seulement ils n'ont aucun poids, mais en sus les élus se profilent sur le mécontentement populaire, relayé avec complaisance par une presse tendancieuse qui ne rend pas justice au métier.
    Mon blog sert notamment à corriger ces fausses informations. Même si le sujet n'intéresse pas grand monde.

  • Mélange d`a priori et de vérité, de légende et de réalité, le monde des taxis a toujours été un peu en marge du monde connu, quasi crépusculaire poil au blair. Les taxis? une collection d`éternels individualistes, d`egos enracinés dans l`urbain poil aux mains.

  • Votre commentaire va bien plus loin que mon propos. Je serais ravi de déblatérer sur ma conception de l'ego, mais ce sera pour une autre fois. Car si j'ai bien compris, vous avez choisi le ton de la dérision pour traiter de ce sujet qui me tient à coeur. Pas de problème en ce qui me concerne, au contraire, je suis ravi et reconnaissant envers tous ceux qui me font l'honneur de me lire et d'intervenir.
    Mais vous comprendrez Jean, au fil du développement de ce sujet, que j'en ai gros sur la patate.

  • Je suis conscient de la capacité limitée de nous informer dans une foison ingérable de sources d'informations sur tout et n'importe quoi. Et je comprends que le sujet des taxis n'intéresse que très peu de monde. Ce billet est une réponse à mon engagement à informer ceux que ça intéresse, comme CEDH qui m'a fait l'honneur de plusieurs commentaires à ce sujet. Mais comme il est impossible de le traiter en quelques lignes, je suis obligé de le décliner en plusieurs billets.
    J'ai pris les choses à l'envers en faisant part ici des conclusions de mes expériences. La prochaine contribution visera à faire un bref historique du processus législatif qui m'a obligé à recourir à la justice. Enfin, un troisième billet entrera dans le vif du sujet avec la décision du TF et mes appréciations.

  • Bonjour,

    Je vous ai lu.

    Pas de commentaire pour le moment.

  • Merci CEDH. La suite arrive et je me réjouis de vos commentaires. A ce stade, il n'y a rien à dire et j'apprécie éminemment le fait que vous l'ayez compris.

  • Ne pas prendre les choses trop au sérieux, Pierre. Ne pas oublier que nous ne sommes que de la poussiere cosmique momentanément moulée dans une apparence de créatures "intelligentes".

  • Je suis parfaitement d'accord avec ça Jean. D'ailleurs c'est l'objet de la plupart des discussions avec ma mère qui va vers ses nonante balais et qui est presque aveugle.
    Elle vit chez nous et je suis sensible à son expérience de vie qui m'aide à relativiser mes déboires.
    Mais j'ai encore trop d'énergie disponible pour rester impassible devant les dysfonctionnements de nos institutions et j'entends les mettre à profit pour corriger ce qui peut l'être.
    Avec une bonne dose de détachement cependant qui me permet d'apprécier vos façons.

  • L`appréciation est réciproque, Pierre. Veillez bien sur votre maman en cette période de grande réchauffe.

  • Les trois arrêts du Tribunal fédéral dont parle 24heures dans cet article publié le 29 mai
    • https://www.24heures.ch/suisse/recourants-loi-taxis-deboutes/story/11482281 •
    sont-ils disponibles sur la toile ?
    Comme il semble que ce ne soit pas le cas, comment faire pour lire à l'avance celui de ces arrêts auquel vous allez consacrer un billet (pas le prochain mais le suivant) ?

  • Merci pour votre curiosité Mario. Je vais faire des recherches pour vous procurer les liens lors de la publication de mes deux prochains billets à ce sujet. En attendant je me permets de vous les envoyer par mail.

  • Super!

  • Quant à l'article de 24heures, il ne fait que confirmer mes désillusions sur un journalisme de qualité. Non seulement il ne donne aucune indication sur les intentions des recourants, mais en sus il tord les faits. L'article de la Tdg de Denis Etienne est encore pire. Honte à la presse qui cherche le scoop sans s'enquérir du sujet traité.

  • Autant je puis être d'accord avec votre plainte et la constatation d'un monde corrompu, autant je ne comprends pas votre naïveté sur la technologie.

    "La technologie fait peur. Pourtant elle n'est pas responsable des dérives et l'homme ne cessera jamais de mettre à profit son génie pour développer l'intelligence, la compréhension et les outils qui la permettent."
    Génie du mal. La technologie a été constamment utilisée d'abord pour contrôler, soumettre, dominer et massacrer. Les sommes consacrées à développer des armes est mille fois plus importante que celles pour une utilisaton pacifique, non intrusive. Il n'y a pas de "dérive", seulement une volonté de puissance et la technologie soutient cette volonté. Vous partez du présupposé d'une sagesse chez l'être humain, c'est tout le contraire. Il y a un bug dans son cerveau. Il utilise la raison pour développer son pouvoir, son emprise sur les gens et les choses, mais ses motivations échappent à toute raison.

  • C'est possible Daniel. Mais lorsqu'on observe l'évolution du monde, de l'homme, des espèces, force est de constater qu'il y a une forme d'intelligence à l'oeuvre.
    Oui, nous détruisons beaucoup, mais nous construisons aussi. Si les forces de destructions étaient dominantes, nous ne serions plus là depuis longtemps.

  • Pas sûr de comprendre à quoi vous faites allusion dual. Le détachement m'apparait comme une sagesse première si difficile à atteindre qu'une vie ne semble pas y suffire.
    On peut y prétendre, mais à peine confronté à des manques on réalise vite que nous avons des besoins vitaux incontournables. Certes on peut apprendre à se passer du superflu, qui est différent pour chacun, mais je trouve éminemment difficile de vivre sans prendre les choses à coeur.

  • C'est toute la discussion de la raison versus la passion. Je pense que l'art de vivre consiste à avoir un bon dosage de ces deux ingrédients sans qu'un ne prenne le dessus.

  • La technologie est une prothese. Trop commode pour etre refusee, elle nous rend dépendants aussi sec. La dépendance extreme est encore a venir mais n`est plus loin; c`est l`univers virtuel interactif dans lequel nous pourrons nous immerger tous sens exacerbés pour etre des dieux pendant que notre corps restera avachi dans un canapé miteux de chez Niquez-la. Que cela arrive par le digital ou par une drogue synthétique genre superchampignon magique (clin d`oeil a Pierre), peu importe... la bouteille, pourvue qu`on ait l`ivresse. Avouons-le, toute barjaque mise a part, depuis qu`on s`est fait vider du paradis originel notre seul but a toujours été l`ivresse poil aux fesses.

  • Je n'ai personnellement rien contre les prothèses. Bien au contraire, elles font partie de ces découvertes qui permettent, par exemple, à quantité de personnes qui ont perdu un membre sur une mine anti-personnel de marcher à peu près normalement.
    Encore une fois, ce n'est pas la technologie qui pose problème, mais l'usage que nous en faisons.
    Et ce n'est pas en interdisant quoi que ce soit, comme Hollenweg essaie de la faire avec la pub, que nous allons évoluer, grandir et comprendre mieux comment optimiser nos vies.

  • @PJ
    "Oui, nous détruisons beaucoup, mais nous construisons aussi. Si les forces de destructions étaient dominantes, nous ne serions plus là depuis longtemps."
    Ce sont nos constructions qui détruisent. La planète est extraordinairement résiliente. La destruction de la biodiversité et de la vie animale et végétale est en cours. Votre dernière proposition ne repose sur rien, sur strictement rien. Il faut plus de 2 siècles de révolution industrielle pour détruire irrévocablement les écosystèmes. Mais avec plus de 7 milliards de singes humains, c'est mal parti.

    "Encore une fois, ce n'est pas la technologie qui pose problème, mais l'usage que nous en faisons."
    Ce qui est un essai de dégager toute responsabilité. Sans la technologie nucléaire par exemple, impossible de lancer une guerre nucléaire et on n'a jamais créé une technologie pour ne pas l'utiliser. Donc non, la technologie n'est pas neutre.

    "Et ce n'est pas en interdisant quoi que ce soit, comme Hollenweg essaie de la faire avec la pub, que nous allons évoluer, grandir et comprendre mieux comment optimiser nos vies."
    Ah, parce que la pub permet d'évoluer, de grandir et de mieux comprendre comment optimiser nos vies? Mois qui croyais que la pub était une manipulation pour vous faire consommer ce dont vous n'avez pas besoin? La pub permet de grandir? Je vous plains, car vous n'avez pas la sagesse de définir vos besoin en fonction de vous-même, mais en fonction de ce qu'on veut vous faire avaler ou en fonction de ce que les autres consomment. Bref, la bête de troupeau, le mouton bêlant.

  • Vous avez un coté techno boy-scout qui ne cesse de me réjouir, Pierre. Devriez peut-etre sortir parfois du petit royaume helvético-genevois si bien aseptisé et vivre un moment la ou ca fait mal et croyez-moi il y a de moins en moins de bleds sur cette planete ou ca ne fait pas mal.

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